Magical Maiden:Satori - Le Film 2

Publié le par Fanofshoujo

Ce texte est plutôt long. Il fait douze page, et comme son nom l'indique, il s'agit du deuxième OAV de Magical Maiden:Satori, mais nous quittons l'univers de Satori pour nous projeter dans le passé et retrouver la première Vanguard de l'histoire. J'espère que vous saurez profiter et que vous apprécierez.

Il est encore un peu rempli de faute, comme tout mes gros textes, mais il sera bien corrigé à l'avenir comme tous les autres.

Un portage .pdf verra également le jour à l'avenir.

Magical Maiden:Satori

Le film

Senbonsakura

 

"Aaah... Aaah... Aaah....".

Elle remontait les escaliers quatre à quatre, à bout de souffle. Son sang ne faisait qu'un tour. Trop tard elle avait comprit ce à quoi elle avait à faire. Elle redoutait ce qu'elle pouvait trouver en haut, mais elle n'avait pas le choix, elle devait avancer. Tout autour d'elle, le calme. Juste son souffle qui résonnait dans l'air et ses pas qui claquaient sur les dalles. Pour la première fois depuis qu'elle gravissait ces marches, elles lui semblaient sans fin.

Elle arriva enfin en haut des marches et reprit son souffle. Un pétale de cerisier vola devant elle. En relevant la tête, elle constata le cerisier du jardin du palais en fleur, plus jeune que jamais. Une aura malsaine émanait de ses branches et de son tronc. Devant tel spectacle, elle aurait prit le temps de s'extasier en d'autres temps. Aux pieds du cerisier, la forme debout de la princesse qui l'observait, une arme à la main.

''Princesse !''

Aucune réponse. La jeune femme en face d'elle afficha un sourire sadique avant qu'un petit rire ne résonne dans l'air.

 

Dans un sursaut, elle bondit de son futon. Reprenant son souffle, elle observa autour d'elle. Son arme reposait sur son support de bois. Les lumières des lampes en papiers n'éclairaient aucunes ombres menaçantes. L'aurore était même présente. L'adolescente continua à faire la ronde de la pièce qu'elle connaissait pourtant par cœur, mais qui lui semblait inconnue à chaque réveils brutaux. Finalement rien, tout allait pour le mieux, tout était normal. Elle soupira de soulagement, sans pour autant relâcher sa garde. Elle décida de se lever doucement, avant de prendre son katana par le fourreau et de pousser la porte coulissante qui donna sur le couloir. Elle fit tout juste quelques pas sur le côté et écarta légèrement la porte voisine. Assoupie dans son futon confortable, la princesse dont elle avait la garde dormait à poings fermés. L'observant ainsi quelques minutes, elle souffla une nouvelle fois de soulagement. Puis elle referma la porte et se dirigea vers la sortie, prête à faire sa ronde matinale plus tôt que prévue. Une fois sur la palier de la résidence, elle porta le regard sur l'imposant cerisier qui trônait dans le jardin. Il n'avait aucun pétale, ni aucune fleur. La seule chose terrifiante qui en émanait était l'ombre immense projetait sur elle par la lumière du soleil levant. Au loin, elle entendait déjà les cris des paysans qui sortaient les vaches, prêts à s'adonnaient au travail. Tout était normal, tout était calme.

 

''Ha !''

Le bruit du métal qui fend l'air. Puis, dans un geste rapide, celui de la lame vif qui tranche le bois. Puis un nouveau cri alors que son arme frappe encore une fois le vide, avant de couper en deux une autre planche de bois. Elle recommença l'exercice autant de fois qu'il y avait de planches de bois. Un peu plus loin, assise au bord de la résidence, la princesse l'observait tranquillement avec le sourire. Sous l'ombre de l'imposant cerisier du jardin, l'entraînement continuait encore et encore, inlassablement. Une domestique arriva pour donner son thé à la jeune noble qui l'accepta gentiment avant de revenir sur sa garde du corps. Celle-ci trancha une dernière planche avant de rengainer son arme d'un geste vif et de se pencher pour conclure cette partie de son entraînement. La princesse applaudit doucement. L'adolescente armée se retourna vers elle et afficha un petit air d'embarras.

''Vous savez princesse, vous n'avez pas à m'acclamer comme cela.

- Oh si, je le fais Kokumei. Ta maîtrise du sabre est vraiment impressionnante. Je me sens rassurée en ta présence.

- Je ne fais que mon devoir princesse. Vous n'avez pas à m'en remercier.

- Tu es bien trop modeste. Jamais je ne pourrais un jour égaler ton niveau au maniement de la lame.

- Ce n'est qu'une question d'entraînement princesse.

- Oui, je sais.''

La princesse sourit en rigolant légèrement, pendant que sa garde du corps l'observait ainsi, un autre sourire sur les lèvres. Elle avait peur qu'il se passe quelque chose aujourd'hui, avec le rêve qu'elle avait fait. Mais tout allait bien finalement. Il n'y avait rien à craindre.

 

Elle suivait la princesse trois pas derrière elle, pas un de plus, pas un de moins, le long du chemin de la résidence. Le soleil était à la fête, pas un seul nuage ne venait obscurcir le ciel. Le chant des oiseaux résonnait dans les airs comme pour annoncer ce jour parfait. Quand elles arrivèrent devant le bassin de carpe koï de la famille, à l'opposé du cerisier, la princesse s'engagea sur la pelouse en retirant ses chaussures. Elle souhaitait sentir la douceur de la nature sous la plante de ses pieds. Kokumei, elle, n'en fit rien, et resta à la même distance de sa protégée, l'observant. Son regard attentif était prêt à repérer la moindre ombre qui n'était pas familière en ces lieux. Arrivée devant l'étendue d'eau, la princesse s'agenouilla finalement et posa le bout de ses doigts dans le liquide transparent. Son reflet se déforma alors que les rides parcouraient la surface. Les poissons continuaient à voler dans leur propre ciel, leur propre royaume. La princesse ria doucement avant d'appeler sa garde du corps. La jeune fille répondit présente avant d'arriver près de sa maîtresse.

''Regarde cette carpe Kokumei.''

Elle s'exécuta. Le poisson désignait par la princesse suivait un autre poisson légèrement plus gros sans le lâcher.

''Tu as vus ? Elle te ressemble. On dirait toi et moi.''

Pour la princesse, le travail de la garde du corps n'était pas un travail. Kokumei était son amie. Elle la suivait parce qu'elle était son amie. Et en un sens, Kokumei adhérait à cette idée. Mais elle ne se voilait pas la face. Quand elle adhérait à cette idée, un événement arrivait toujours, pour lui montrer qu'une telle relation n'était pas possible. Que son seul et unique objectif dans la vie était de servir la princesse et de la protéger, et non d'être son amie. La garde du corps regarda le ciel. Cela n'allait pas louper. Elle devrait se battre ce soir.

 

La lune éclairait à nouveau le palais endormit. Là haut dans la montagne, la vue sur l'astre nocturne était parfaite et dégageait. Assise en tailleurs, l'arme posée devant elle, Kokumei méditait sur ses combats et la voie du sabre. Les yeux fermaient, la pâle lueur de la lune posait sur elle une aura rassurante et sinistre. Il n'y avait dehors que le bruit des cigales japonaises qui se faisaient la cours une fois de plus. Sans écouter, elle percevait le bruit du dehors. Le vent dans les arbres, l'envol du rapace nocturne. Finalement, elle ouvrit les yeux et se leva doucement, en prenant son fourreau. Elle quitta sa chambre, et fit quelques pas à droite. Elle tira doucement la porte de la chambre de la princesse. Elle dormait à poings fermés une fois de plus. Jetant un dernier coup d’œil, elle ferma la porte une nouvelle fois et se dirigea vers le dehors.

 

Sur le palier de la résidence, elle se tint droite comme une sentinelle. Elle observait droit devant elle. L'imposant cerisier ressemblait à un arbre de cauchemar, là, seulement éclairer par la lueur de la lune. Ses branches ressemblaient à d'imposants bras et mains prêts à saisir l'âme de la première chose qui passait. Kokumei finit par reposer le regard devant elle, sur la porte qui menait à l'extérieur. Cette porte qui était fermée. Puis, elle tendit les bras devant elle et posa sa main libre sur le pommeau de son katana. Dans un bruit métallique parfait, elle dégaina sa lame. Le bruit souple d'un pas de chat précéda une attaque au sabre qu'elle para rapidement et repoussa, avant de se retourner vers l'autre intrus qui tenta de profiter de la diversion. D'un geste vif, elle lui trancha le tissu du vêtement avant de le faire reculer d'un coup de pied. Les deux hommes reculèrent pendant qu'une paire de coup de pied tenta de l'éloigner de l'entrée du palais. Elle arrêta l'attaque du plat de sa lame et ôta la vie à l'homme qui avait ainsi surgit devant elle. Les deux autres, un de chaque côtés, restèrent quelque peu en arrière, l'observant. Depuis le début du conflit, elle n'avait pas bouger d'un centimètre de sa position. Poussant un cri guerrier, les deux hommes s’exécutèrent dans un acte coordonné. Kokumei échangea les coups avec eux, ne laissant aucun des agresseurs franchir sont périmètre. D'une habile passe, elle occis un adversaire supplémentaire. Le dernier recula, avant de lancer une bombe fumigène en sa direction. Embrouillée par l'épaisse fumée, elle se retourna au dernier moment. Elle abandonna la vue et laissa son ouïe voir pour elle. C'est là qu'elle entendit à nouveau ce bruit souple. Un flash, et déjà son sabre était à nouveau ranger dans son fourreau. Le temps d'un silence, une silhouette noire tomba à genoux devant elle, puis suffoqua. Kokumei retourna alors à l'intérieur de la résidence, dont elle ferma la porte. Les trois cadavres des ninjas seront la première chose qu'éclaira les rayons de soleil demain.

 

La princesse posa à côté d'elle sa tasse de thé, avant de s'emparer du yakitori qui était à côté d'elle. Elle passa une boulette dans sa bouche et la retira du pique en bois, avant de mâcher doucement. Un peu plus loin à côté d'elle comme à l'accoutumée, Kokumei se contentait elle de quelques boulettes de riz. La princesse observa sa garde du corps et prit sa deuxième brochette avant de la tendre vers elle. L'adolescente l'observa intriguée. La noble sourit.

''Tu en veux Kokumei ? Tu ne manges que des boulettes de riz, il faut un peu de viande de temps en temps !

- Je n'oserais princesse...

- C'est un ordre Kokumei.''

La garde du corps soupira avant de prendre la brochette et de se pencher doucement.

''Merci princesse.

- …'' Un silence, le temps que Kokumei n'avale une première boulette elle aussi. La princesse baissa le regard, avant de reprendre. ''Kokumei, je voulais te poser une question.

- J'y répondrais si je peux princesse.

- Est-ce qu'il n'y a vraiment que le devoir qui compte pour toi ?

- …''

Un autre silence. Plus long cette fois. Kokumei ne réfléchissait pas réellement à la question. Mais la réponse qui devait être naturelle semblait s'opposer à une autre qui semblait tout autant naturelle aussi. C'est quand elle releva la tête qu'elle croisa le regard de la princesse. Un regard qu'elle n'avait jamais vus jusque là. Il y avait comme de l'espoir, mais aussi de la peur dans ce regard. Mais finalement, Kokumei ne parvint à répondre. La princesse dévia alors le visage.

''Tu t'es encore battu cette nuit.

- Oui...

- Quand arrêteras-tu de te battre ?

- … Tant que je vivrais princesse.

- Tu n'as pas peur de mourir ?

- … Non.

- Pourquoi ? Moi j'aurais peur.

- Tant que vous êtes en sécurité, je n'aurais peur de rien si ce n'est de votre vie princesse.

- Parce que c'est ton devoir...

- … Oui.

La princesse baissa le regard. Et la garde du corps fit de même. Elle craignait d'entendre quelque chose qu'elle ne supporterait pas. Mais la jeune fille en face d'elle releva doucement la tête en fixant l'horizon.

''Pourquoi est-ce si important ? Tu ne penses pas que tu serais plus forte en pensant autrement ?

- En pensant autrement ?

- Oui.'' La princesse retourna vers le regard de Kokumei. ''En pensant que les personnes que tu protèges sont plus précieuses en tant qu'amis ?

- Protéger un ami...''

Kokumei baissa les yeux. Les mains sur les genoux, elle serra le tissu qui glissait entre ses doigts. Cette pensée était bien étrangère à la tradition guerrière. Sans finir son repas ni même pousser un bruit, la princesse se releva. Ce n'est que le bruit du vêtement qui reposait sur son corps qui sortit Kokumei de sa torpeur. Elle se leva à son tour, avant d'entendre une dernière fois la princesse parlait.

''Ne meurs pas Kokumei. C'est tout ce que je te demande.''

Ces mots atteignirent la garde du corps dans un endroit qu'elle ne connaissait même pas encore. On lui avait déjà dis ça, mais pas avec la signification que la princesse y avait mis. Les mots de la princesse n'atteignirent pas la tête de Kokumei, mais un endroit, quelque part dans son corps. Elle ne percevait même pas ces mots comme un ordre. C'était des paroles tellement attentives qu'elles paraissaient venue du plus lointaine des rêves. Regardant la princesse s'éloignait, elle réfléchissait à ses paroles avant de chuchoter tout bas, juste à elle même :

''Je vais faire ce que je peux princesse.''

Pourquoi avait-elle dit ça ? Elle n'aurait même pas dût formuler ces mots, mais elle l'avait fait. Une promesse en l'air ? Ou une promesse à soi même ? Kokumei était en parfait terrain inconnu. Se reprenant dans sa réflexion, elle remarcha calmement à la suite de la princesse, la rattrapant rapidement. Aussi rapidement que l'avait fait le poisson qu'elle lui avait montré hier.

 

La lune éclairait le jardin de la résidence animé d'un calme paisible. Dans le bassin, les carpes se reposaient lentement à leurs rythmes. Le cerisier mort reposait terriblement dans la terre, ses profondes racines ancrées dans le sol. Tout était calme.

Un corps s'écroula au bas des escaliers, projetait en arrière d'un coup de pied. Kokumei releva sa lame et récupéra sa garde fixe, droite et solide, devant l'entrée du bâtiment. Les quatre autres hommes observèrent leur camarade mort. La gardienne des lieux ne bougeait pas. Ils se séparèrent dans l'espoir de la faire bouger, mais elle ne fit rien. Une attaque frontale et coordonnée des deux hommes restant fut la réponse. Se préparant au choc, Kokumei arrêta une première lame, réalisant par la suite un pas en arrière pour esquiver le fil de la lame de l'autre combattant. Dans une passe habile, elle désarma son adversaire et lui transperça le cœur, avant de retirer son sabre dans une giclée de sang et d'attraper tout aussi habilement l'autre avec son bras. D'un geste de bras aussi vif et précis que le serpent, elle lui brisa le cou dans un craquement sinistre. C'est là qu'elle vit que les deux autres hommes avaient en effet disparut. Laissant désormais à ses oreilles le soin de la guider, elle recula légèrement, pour entendre tout bruit suspect capable de venir du couloir. C'est là qu'elle fit volte-face et avec rapidité, lança la lame du défunt à ses côté dans la résidence. Un bruit de chair plantée résonna. Très vite, elle bondit silencieusement dans la provenance du bruit et surpris l'autre homme, choqué d'avoir vus son camarade blessé de nulle part. L'homme n'eut pas le temps de protester que le froid du katana de Kokumei ôta son dernier souffle de vie. La garde du corps rengaina son sabre. Elle s'empara du corps de l'homme mort et le porta sur son épaule, pendant qu'elle attrapa celui agonisant et le traîna à travers le couloir. Une fois dehors, elle les jeta avec leurs autres camarades. Puis elle observa le blessé qui peinait à survivre. Elle resta ainsi un certain moment, elle ne pourrait dire combien de temps. Enfin, elle s'empara du manche de son arme et acheva ses souffrances d'un geste vif. Puis elle en débarrassa le sang dans un geste souple et remit enfin son sabre dans son fourreau de bois. Elle fit demi-tour et tira la porte.

 

''Comment, encore une attaque ?

- Oui.''

Le seigneur des lieux avait été mis au courant par l'un de ses hommes, au service de la famille lui aussi. Cet homme qui se tenait à genoux en face de son maître, son sabre à côté de lui.

''La princesse est sauve ?

- Sa garde du corps a encore repoussé l'assaut. C'est la cinquième tentative d'assassinat à l'encontre de la princesse ce mois-ci et la deuxième de suite.

- Combien d'homme cette fois ?

- Cinq.

- Un nom ?

- Impossible à identifier. Des mercenaires.

- Je vois...'' Le seigneur tira une fumée de sa pipe avant de l'observer prendre son envol dans le ciel. ''Il faut assurer la sécurité de la princesse avant tout. Que la situation reste telle-quelle.

- Bien seigneur.

- C'est tout ?

- C'est tout.

- Alors pars.

- Oui seigneur.''

 

Le trait de bois tiré par un arc s'enfonça avec précision dans le troisième cercle intérieur de la cible en paille. Il y eut un silence le temps que l'arme soit à nouveau armée, puis le sifflement du métal traversant l'air. Cette fois, la flèche atteignit le second cercle du centre de la cible. Kokumei était contre le mur du dojo, sur le chemin de l'entrée pour éviter toute tentative d’intrusion, mais le regard vif dans les alentours extérieurs. La princesse pinça délicatement le bout de bois qu'était la flèche avant d'insérer la corde de son arc dans l'encoche et de procéder au geste rituel précédant le bandage. La torsion de la corde et du bois grinça légèrement, puis sans même bouger un muscle, l'arme libéra son projectile qui tissa sa trajectoire jusqu'au troisième cercle du centre de la cible. Un silence, tout juste brisé par le doux chant d'un oiseau. La princesse observa la quatrième flèche qui était à côté d'elle.

''Kokumei ?

- Oui princesse ?

- Qui étaient les hommes de cette nuit ?

- …'' La princesse se retourna vers sa garde du corps.

- Je l'ignore princesse. Je n'ai pas vus leurs visages.

- Voulaient-ils réellement attentaient à ma vie ?

- Cela est une évidence princesse.

- Je vois...'' La princesse reporta le regard sur la quatrième flèche. ''Elle n'atteindra pas la cible.

- Comment cela ?

- Je sais que cette flèche n'atteindra pas la cible.'' La princesse releva le regard sur Kokumei. ''Rentrons Kokumei.

- Bien princesse.''

La garde du corps attendit que sa protégée ne la dépasse pour se mettre à sa suite.

 

Cette nuit là, Kokumei s'agitait dans son futon. Sa respiration était saccadée, son sang était chaud. Son cœur battait la chamade, et ses sens étaient confus. Elle défaisait son lit à terre en bougeant dans tous les sens, comme prise dans un cauchemar. En fait, c'était un cauchemar qu'elle vivait, mais elle n'en avait pas conscience. De la sueur perlait sur son front, on aurait put croire qu'elle était malade, prise de fièvre. Elle cauchemardait d'un combat sans fin, contre une vague incessante d'ennemis. Ces ennemis qui la séparait de la princesse, qui l'emportait loin. Plus elle tuait de ces ennemis et plus elle se rapprochait, et plus ses adversaires inconnus emmenait la princesse de plus en plus loin d'elle. Elle luttait, encore et encore et encore et encore. Tout cela semblait vain, mais elle luttait. Elle se mit alors à entendre la princesse appelait son nom. Kokumei redoublait d'effort face à cet appel de détresse qui semblait provenir de loin.

''..mei... kumei.... Kokumei !''

L'adolescente se réveilla en sursaut, la respiration forte, le souffle court. Elle jaugea autour d'elle. Sa chambre, sa couette qui était maintenant à côté du futon, la sueur sur son front. Elle rassembla ses esprits. Quelque chose avait changé dans cette pièce. Il y avait une présence en plus. Quand sa vision redevint normal, elle vit à côté d'elle le visage si réconfortant de la princesse. Soudainement si réconfortant. Comme si la présence de ce visage avait été nécessaire pour la calmer et la réconforter. En d'autre temps, Kokumei aurait grondé la princesse pour ne pas être dans sa chambre. Mais cette fois, c'était différent. La garde du corps s'assit et observa la princesse. Celle-ci posa sa main sur le front de sa servante et finit par la retirer.

''Il fait frais dehors, et la lune est magnifique. Tu veux prendre l'air ?

- … Ce n'est pas trop dangereux princesse ?

- Rien n'est dangereux si tu es avec moi Kokumei.''

La princesse se mit à sourire. Kokumei reçut à nouveau de cette chaleur qui lui était inconnu mais qui l'aurait requinqué même dans le pire des états. Elle accepta et quitta son futon, avant de prendre ses armes et de suivre sur la pointe des pieds la princesse qui procédait ainsi à une sorte de fugue nocturne dont elle était la témoin et la complice.

 

Effectivement, la lune était superbe ce soir là. Elle était presque pleine, resplendissante et luminescente. La princesse prenait comme d'habitude les devants et Kokumei la suivait. Elle n'avait aucun mal à surveiller la princesse et les alentours. Aucun nuage ne maquait la lanterne géante qu'était l'astre lunaire. Elles firent rapidement le tour de la résidence, puis la princesse finit par quitter le bois pour les dalles et avança doucement vers le cerisier, où elle posa une main sur son imposant tronc centenaires. Kokumei arriva derrière elle et s'arrêta à trois pas. Après un petit silence, la voix de la princesse résonna dans les airs.

''Tu sais, je ne l'ai jamais vus en fleur. Cet arbre a traversé des dizaines et des dizaines de printemps, mais il semble ne plus jamais avoir été en fleur depuis la mort d'une de mes ancêtres.

- Même les plus magnifiques choses finissent par abandonner face à l'écoulement du temps.

- Peut-être, tu as raison. Ce cerisier est peut-être mort. Mais dans ce cas là, pourquoi le garder ? Pourquoi ne pas s'en débarrasser et en planter un autre ?

- … Le souvenir ?

- En mémoire à mes ancêtres ? Peut-être... Kokumei ?

- Oui princesse ?

- Cela fait combien de temps que tu es à mon service ?

- Depuis mes six ans, princesse.

- Onze ans... N'as-tu jamais eu envie d'abandonner tout ça ? D'arrêter de te battre et de partir ?

- … '' Kokumei ne voyait pas où voulait en venir la princesse. Cette question était, pour elle, inutile. ''Non princesse.

- Mais alors, pourquoi es-tu resté ?

- Le dev...'' Elle s'arrêta. Plus elle regardait la princesse, plus elle se remémorait les souvenirs qu'elle avait avec elle, et plus elle se disait qu'elle n'était finalement peut-être pas rester par devoir. Protéger un ami ? Kokumei affirma ses propos. ''Pour vous protéger, princesse.

- Kokumei...

- Je ne saurais rien faire d'autre de ma vie princesse.'' La princesse baissa la tête en souriant. Puis, elle se retourna vers sa garde du corps et lui adressa un sourire. Ici, sous cet imposant cerisier terrifiant, Kokumei avait l'impression d'être devant un tableau de maître.

- Tu te sens mieux, Kokumei ?

- Oui princesse.

- Je voulais te dire quelque chose d'autre, Kokumei.

- Qu'est-ce donc princesse ?''

La princesse articula des mots qui grimpèrent dans l'esprit de Kokumei à grande vitesse avant d'atteindre une partie dans sa poitrine qui devint soudainement aussi rapide qu'un cheval au galop. Une chaleur sans nom atteignit ses mains, ses bras, ses jambes, ses pieds, sa tête, ses joues, sa bouche. Cet ardent brasier semblait vouloir la consumer entièrement pour ne laisser d'elle que des cendres.

 

Kokumei ouvrit les yeux sur le plafond de sa chambre. À l'extérieur, les oiseaux chantaient. Le soleil était déjà bien présent. Elle semblait s'être levée en retard. Mais dehors, il n'y avait pas l'agitation qu'il y avait d'habitude. Elle n'était pas la seule à ne pas s'être levée. La princesse aussi était encore au lit. La garde du corps se leva de son lit et reste un moment à contempler son sabre. Ce sabre qui lui avait été légué par son maître avant qu'il ne parte mourir sur les champs de batailles. Son bien matériel le plus précieux. Tâché du sang des assassins et des ennemis du clan qu'elle servait. Elle poussa un soupir avant de regarder par la petite fenêtre qui donnait sur l'extérieur. Une silhouette ailé passa rapidement. Kokumei finit par se lever et à se préparait à passer cette nouvelle journée. Quand elle tira la porte de sa chambre, elle entendit une conversation qui provenait de la salle du maître des lieux. Il semblait recevoir quelqu'un. Elle n'y prêta pas attention, mais elle entendit bien au détour d'une phrase le mot princesse. Elle s'arrêta. Il parlait de la princesse. Elle décida de braver l'interdit et d'écouter aux portes. Les mots mariages et alliances avaient aussi étaient utilisés. Kokumei jugea qu'elle en avait déjà trop entendu. Elle se dirigea vers l'extérieur de la résidence et arriva finalement sur le pas de la porte, là où elle se situait à chaque attaque la nuit. Elle observa le dehors et l'imposant cerisier du jardin. Sa main gauche serra fortement le fourreau en bois de son katana pendant que son poing droit percuta l'un des piliers de bois, faisant grincer le matériaux sous le choc. Elle serra les dents. Puis elle posa son front sur le pilier en continuant à sentir sa mâchoire grincer. Une voix douce la sortit de son état.

''Kokumei ?''

En se retournant, elle vit la princesse qui l'observait d'un air intrigué. La garde du corps se reprit. Elle ne devait pas montrer cette image à sa protégée. Elle revint dans son devoir et salua comme il le fallait la princesse. Celle-ci afficha alors un petit sourire, rassurée de voir que visiblement tout allait bien pour sa garde du corps. Les deux personnes se retrouvèrent alors et la princesse prit la direction de son programme de la journée, toujours suivie comme à l'accoutumée par Kokumei qui était à la fois distraite et concentrée. Elle était encore perturbé par les mots que lui avait formulé la princesse la nuit d'hier. Sa tâche était quelque peu différente désormais. Elle ne savait pas si elle arriverait à mieux faire son devoir. Même si la princesse lui avait dis bien plus tôt qu'elle ferait peut-être mieux son activité dans l'optique de défendre un ami. Pour la première fois, elle semblait douter. Ce n'était pas une bonne chose, car une lame perturbée par le doute pouvait faillir. Et elle ne devait pas faillir.

 

La nuit était resplendissante de beauté ce soir là. Mais une fois encore, Kokumei n'arrivait pas à dormir. Son instinct était prévenant, alerte. Et de toute façon, sa malédiction habituelle allait opérer. Elle devrait se battre une fois encore ce soir. Alors elle ne dormait pas, elle attendait, inlassablement, froidement, sentinelle humaine devant l'entrée de la résidence de la famille et de la princesse. Elle attendait, mais rien n'arrivait. Elle devait encore patienter. La nuit n'était perturbée par aucun bruit étranger. Tout était calme. Bien trop calme. Elle semblait percevoir des voix et des cris au loin, mais elle n'était sûre de rien. Les bruits de la nuit peut-être ? Kokumei entendit alors un bruit précipité. Elle posa la main sur la poignée de son katana. Un homme arriva à ses côtés, essoufflé. Un homme du clan. Il reprit sa respiration, difficilement. Les deux mains sur les genoux, son fourreau était vide, ses vêtements étaient déchirés. Il saignait. Kokumei l'examina. Une attaque ?!

''Kokumei ! C'est terrible ! Une bataille... On nous attaque !

- Comment !? Où ça !

- La résidence est encerclée ! On vous sommes sur l'entrée principale !

- Mais... la princesse !

- Elle va être mise en lieux sûr ! Vous devez retarder nos ennemis le plus vite possible !

- J'y... J'y vais !''

Kokumei se retourna vers l'intérieur de la résidence. Elle sentait que la princesse allait bien. Son instinct ne lui disait rien de mal. Une voix hâtive, celle de l'homme qui l'avait averti.

''Vite !!''

Kokumei le regarda à nouveau et hocha la tête.

''Veillez sur la princesse en mon absence !''

Puis elle s'engagea sur le chemin qui allait la mener en bas de la colline où se situait la résidence. Elle descendit les escaliers à toute vitesse, et le bruit des combats se faisait de plus en plus proche. Des cris de souffrances résonnaient dans les airs, des bruits de métal s'entrechoquant atteignaient ses oreilles. Kokumei se prépara à l'inévitable mêlée générale.

 

Quand enfin elle atteignit le bas des escaliers, elle écarquilla les yeux.

 

''Qu'est-ce que ?!''

Les hommes du clans étaient déjà tous morts, massacrés. Il n'y avait la présence d'aucun ennemi. Pas de flèches, pas de lames au sol. Les seuls corps étaient ceux des guerriers de la résidence. Kokumei les observa. Ils étaient tous mort, comme si on leur avait aspiré leur essence vitale. Ils étaient froids comme la mort. Marchant au travers des cadavres, elle finit par se jeter à genoux devant un tel spectacle macabre. Qui avait fait ça ? En prenant la main d'un des guerriers, elle eu un terrible pincement au cœur. Quelque chose n'allait pas. Il était face contre terre. Elle ne sait pas pourquoi, elle tendit lentement la main vers ses épaules, puis en saisit une. Elle retourna alors le corps et se releva horrifiée. L'homme qu'elle avait retourné... Il n'avait plus de visage. Seulement de la peau, rien que de la peau. Comme si on avait tout effacé, comme si... comme si on avait retiré son visage pour un faire un masque. Kokumei se retourna immédiatement vers le sommet de la colline.

''Princesse !''

Posant un pied sur les escaliers, elle perçut une voix au plus profond d'elle. Elle devait retourner au plus vite possible à la résidence. Elle se lança dans l'ascension des marches.

 

"Aaah... Aaah... Aaah....".

Elle remontait les escaliers quatre à quatre, à bout de souffle. Son sang ne faisait qu'un tour. Trop tard elle avait comprit ce à quoi elle avait à faire. Elle redoutait ce qu'elle pouvait trouver en haut, mais elle n'avait pas le choix, elle devait avancer. Tout autour d'elle, le calme. Juste son souffle qui résonnait dans l'air et ses pas qui claquaient sur les dalles. Pour la première fois depuis qu'elle gravissait ces marches, elles lui semblaient sans fin.

Elle arriva enfin en haut des marches et reprit son souffle. Un pétale de cerisier vola devant elle. En relevant la tête, elle constata le cerisier du jardin du palais en fleur, plus jeune que jamais. Une aura malsaine émanait de ses branches et de son tronc. Devant tel spectacle, elle aurait prit le temps de s'extasier en d'autres temps. Aux pieds du cerisier, la forme debout de la princesse qui l'observait, une arme à la main.

''Princesse !''

Aucune réponse. La jeune femme en face d'elle afficha un sourire sadique avant qu'un petit rire ne résonne dans l'air.

 

Kokumei plongea sur le côté. Le coup qui lui avait été adressé avait été tellement rapide qu'elle n'avait pu faire que ça. La lame aiguisée de la naginata que tenait la princesse était déjà recouverte de sang. Le sien ? Non, impossible, elle n'avait rien sentit. En relevant le visage, elle aperçut alors une ombre sur le bord de l'entrée. Le maître des lieux ! Il était... Son visage était figé par la mort. Une épaisse ouverture parcourait son torse. En regardant autour d'elle, c'était partout pareil. Les corps des gardes reposaient partout dans la cour. Kokumei écarquilla les yeux. La princesse avait fait ça ?! Derrière elle, le son d'une lame prête à trancher. Kokumei se retourna et arrêta l'attaque avec son fourreau. La princesse lui jeta un regard démoniaque.

''Princesse !''

Aucune réponse. À la place, la jeune femme attribua un revers de la main qui balaya littéralement Kokumei, l'envoyant voler plus loin droit vers un des piliers de bois de la résidence. La garde du corps poussa un cri alors que le bois craqua sous son dos. Elle retomba à terre, blessée. Cette force était surhumaine. Ce ne pouvait être la source de la princesse. Mais ce cerisier... Pourquoi était-il en fleur ? Kokumei releva les yeux. Elle voyait la princesse qui marchait lentement vers elle, Naginata prête à tuer. Les pétales de cerisiers ne cessaient de voler. Cet arbre avait retrouvé une seconde jeunesse. Pourquoi ? Kokumei se releva doucement. La princesse s'arrêta, surprise de voir la jeune fille pouvoir encore marcher après une telle gifle. Kokumei respirait difficilement. Elle leva les bras et posa la main droite sur la poignée de son sabre. La princesse afficha un sourire alors qu'un rire satisfait et amusé résonnait dans les airs. En un éclair, la princesse était à nouveau devant Kokumei, mais celle-ci avait bloqué l'attaque avec un seul bout de la lame qu'elle avait sortit de son fourreau. Les deux adversaires se séparèrent. Puis déjà, Kokumei arrêta une nouvelle attaque, avec la même configuration que précédemment. Elle refusait pertinemment de sortir sa lame devant la princesse. Elle refusait pertinemment de risquer de blesser sa protéger. Elle ne vivait pas pour ça ! Mais la personne en face d'elle semblait ne plus être la même. De toute façon, c'était une évidence. Kokumei arrêtait comme elle pouvait les attaques de son adversaire avec sa lame telle-quelle. C'était difficile, surtout que l'allonge de la naginata pouvait la déséquilibrer à tout moment et lui faire perdre le duel. Et en même temps qu'elle arrêtait les coups, elle essayait tant bien que mal de réfléchir à la cause de ce changement soudain.

 

La princesse recula, comme pour jauger Kokumei. La garde du corps profita de ce très cours répit pour se reposer et reprendre des forces. Son adversaire allait revenir à la charge d'un instant à l'autre. Et cela ne manqua pas. Surprise, elle arrêta au dernier moment l'attaque de son adversaire, ce qui la fit mettre un genoux à terre. Un duel de force s'engagea entre les deux opposants. Mais la princesse avait une pression bien supérieure à Kokumei ! La garde du corps flanchât, elle ferma un œil sous la pression et se retrouva totalement à genoux, les mains au dessus de la tête pour tenir fourreau et poignée et le regard dans celui de la princesse. Ses yeux étaient d'un violet démoniaque, son sourire n'était pas celui qu'elle connaissait. Kokumei n'en pouvait plus. Des souvenirs revenaient à son esprit, dans un moment pareil. Elle se souvint de sa rencontre avec la princesse, de sa première blessure, des poissons dans le bassin, de la princesse endormie, de la princesse sous le cerisier ce soir là... Le cerisier... Elle jeta un œil vers l'arbre. Pourquoi ? Pourquoi était-il en fleur ? Puis elle revint sur la princesse. Au fond de son corps, Kokumei entendait quelque chose. Quelque chose qu'elle ne voulait pas entendre. Des pleurs ? La princesse... Elle pleurait. C'est là que Kokumei retrouva de la force. La princesse ne devait pas pleurer. Elle constata également quelque chose de nouveau. Sur le cou de la princesse, un tatouage qui n'était jamais là. Un tatouage rose fluorescent. Une sorte de fleur stylisée. Mais alors...

''Mais bien sûr.''

Kokumei usa d'une passe et parvint à se débarrasser du duel de force. Puis elle se retrouva face au cerisier, la princesse toujours devant, comme si elle le protégeait. Kokumei rengaina son sabre. La princesse arma sa naginata, la désigna vers Kokumei, et courut vers elle. Le temps semblait s'écouler au ralenti. La garde du corps se concentrait. Elle allait le faire. Elle allait protéger quelqu'un de précieux, non pas parce qu'on le lui ordonnait, mais parce qu'elle le voulait.

''200 coups en un shaku !''

Puis il y eut un grand bruit de lame résonnant dans les airs avec force. Kokumei avait disparut du champ de vision de la princesse. Elle n'était ni devant, ni derrière elle. Elle était derrière le cerisier, la lame dégainée. Un silence s'installa. Puis, lentement Kokumei sentit une douleur grimpait en elle. Elle posa la main sur sa côte droite. Quelque chose de chaud tâchait ses vêtements. De son côté, la naginata de la princesse était ensanglantée. Mais rapidement, des larmes se mêlèrent au liquide rouge. Kokumei posa un genoux à terre, frappée par la douleur. Puis le bruit du bois qui craque. Lentement, l'imposant cerisier bascula. Il pencha vers la droite, vers la gauche. Puis, dans un bruit sinistre, il s'écroula, trancher net. Quand il percuta le sol, ses pétales éclatèrent comme mille feux d'artifices et disparurent dans les airs comme de la fumée. La princesse lâcha sa naginata. Le tatouage sur son cou disparut.

 

Le silence revint dans la résidence ensanglantée par les morts. Il ne restait plus que des bâtiments déserts. Et deux êtres. La princesse se retourna et courut vers Kokumei, qui tomba en avant.

''Kokumei !!''

Elle la rattrapa avant que son visage ne touche le sol. Puis elle la tourna vers elle. La garde du corps plongea ses yeux dans ceux de la princesse. Elle avait retrouvé ceux qu'elle préférait. Kokumei afficha un sourire pour la première fois depuis très longtemps.

''Princesse... Vous allez bien.

- Je suis désolée Kokumei. Je suis désolée !

- Vous n'y êtes pour rien princesse...

- Ta blessure Kokumei !

- Ça ira princesse. Ce n'est qu'une grosse coupure.

- Kokumei...

- Tout va bien princesse.''

Kokumei se leva comme elle le pouvait, avant de voir qu'une fumée rosâtre émanait de la souche du cerisier. La garde du corps s'interposa immédiatement entre sa princesse et cet étrange phénomène. Hors de question que l'on lui vole sa princesse une deuxième fois. Une main sur sa blessure, l'autre tenant son katana, elle était prête à tout. Kokumei voyait en face d'elle quelque chose qu'elle n'avait jamais vue de sa vie. La fumée devenait de plus en plus opaque, prenait la forme d'une créature cauchemardesque et impossible. La princesse arriva aux côtés de sa garde du corps.

''Princesse !

- Kokumei... On m'a tout expliqué.

- Comment ?!

- Le Senbonsakura. C'est le nom de cet arbre. Il renferme un Yokaï qui terrorisait jadis cette région. Ce sont mes ancêtres qui l'ont renfermés Kokumei.''

Kokumei se tourna vers une silhouette qui s'enfuyait.

''Qui va là !?

- Laisse le Kokumei. Cet homme était comme moi sous l'emprise de ce Yokaï. Il n'y est pour rien.

- Il faut vous mettre à l'abri princesse !

- Non...

- Princesse ! '' La princesse s'avança. Kokumei la pris par la main. La noble afficha alors un sourire.

- C'est la première fois que tu me prend par la main Kokumei.

- Princesse...

- Tu ne pourras pas le battre Kokumei. Et je te l'ai dis, je ne veux pas que tu meurs. Le seul moyen de s'en débarrasser, c'est de le mettre dans un nouveau réceptacle.

- Comment ça ?

- Kokumei... C'est peut-être le deuxième et dernier ordre que je te donnerais.

- Le dernier ?

- Je vais à nouveau me laisser posséder par ce démon. Quand ça sera fait... Je veux que tu me tue.

- Quoi ?! Non !!

- C'est la seule solution Kokumei.

- Il y en a forcément une autre princesse !! Pourquoi moi je ne pourrais pas être ce réceptacle ?!

- Parce que ce n'est pas toi que ce Yokaï veux. Il me veux moi, la dernière membre de la famille qui l'avait emprisonné.

- Je ne pourrais pas vous tuer princesse !!

- Pourquoi Kokumei...

- Parce que... parce que...'' Kokumei sentit une main caresser sa joue. Elle leva les yeux en larme vers la princesse qui lui souriait doucement, pendant que dans son dos, le Yokaï complétait sa remise en forme.

- Ça ira Kokumei. Si tu ressens la même chose que moi, je serais toujours là.

- Princesse...''

La main de la princesse quitta le visage de Kokumei, pendant que celle-ci essayait encore de la retenir.

''Princesse !!!!!''

 

L'homme continuait à courir en descendant les marches, perdus. Quand il arriva en bas des escaliers, des survivants du clan le trouvèrent.

''C'est lui !

- C'est le traître !!''

Il s'enfuit, pourchasser par les troupes.

 

La princesse avança encore vers le Yokaï, qui l'observait se rapprocher. Elle ouvrit les bras, et l'être démoniaque s'engouffra en elle par le nez, par la bouche, par la peau. Les cris de désespoirs de Kokumei résonnaient dans les airs inlassablement.

 

Le traître finit par trébucher, en panique. Quand il se retourna, les survivants du clan l'attrapèrent par les bras et se mirent à le traîner pendant qu'il se débattait vainement face au poids du nombre et la force de ces autres hommes.

 

La noble se retourna vers sa garde du corps, encore quelque peu maîtresses de ses mouvements. Elle regarda Kokumei qui pleurait à chaude larme, qui l'appelait. Puis la garde du corps finit par se relevait. Elle attrapa son katana, pendant que la princesse souriait.

 

On le plaqua violemment contre un arbre, pendant qu'un des membres du clan arrivait avec une dague qu'il avait aiguisé à la vas-vite. On le força à ouvrir la bouche et à tirer la langue. Implacablement, la lame se rapprochait de sa langue. On lui arracha un grand cri de souffrance.

 

Kokumei arriva à quelques centimètres de la princesse. Le tatouage sur son cou reprenait forme, mais la noble luttait plus encore qu'elle ne l'avait fait pour être elle même quand Kokumei lui retira la vie. L'adolescente retenait péniblement ses larmes. Puis un bruit de métal siffla dans l'air.

 

Finalement, on l'attacha à même l'arbre au pied du quel sa langue était tombé. Encore sous la souffrance, on finit par y entasser des bouts de branches. Très rapidement, un bûcher improvisé grandissait. Un homme apporta une de ses torches. Ils mirent le feu au bûcher.

 

Kokumei lâcha son katana d'effroi. Sa lame noble transperçait de part en part le cœur de la princesse. Rapidement, des tâches obscures vinrent perturber la magnificence de ses vêtements. Le corps de la princesse tomba dans les bras de sa garde du corps. Kokumei observa son visage dont la vie disparaissait petit à petit.

''Princesse !!!

- Ko... kumei... Je suis... si heureuse.

- Pourquoi princesse ?! Pourquoi !?

- Parce que... tu es là... je vais mourir... dans tes bras...

- Princesse...

- Kokumei...'' Une fois de plus, la main de la princesse vint se poser sur le visage de sa garde du corps qui pleurait. ''Kokumei.... Tu ne m'as jamais... appeler par mon nom...

- Princesse...'' Kokumei laissa tombait une larme avant d'attraper la main de sa princesse.

- Kokumei...

- Vous me manquerez... Sakurairo.''

La princesse sourit une dernière fois avant de fermer les yeux lentement. Une aura rose émana de son corps et de celui du katana, obligeant Kokumei à se relevait et à reculait. Dans un bruit de craquement, le corps de la princesse devint dès lors aveuglant, puis un arbre gigantesque jaillit du sol pour l'englober comme un cercueil. Le nouveau cerisier qui venait d’apparaître grandit encore jusqu'à dépasser l'ancien, et ses branches s'étendirent comme des fourches au ciel. Elles étaient recouvertes de fleurs de cerisiers aux pétales roses. Kokumei observa le spectacle, émerveillée et triste. Puis elle baissa le regard. Planté dans le tronc de l'arbre, son sabre semblait être pris d'une nouvelle vie. Elle tendit la main pour s'en emparer et le retira. Dès lors, les fleurs de cerisiers éclatèrent comme des cristaux et l'arbre redevint nu et mort. La garde du corps observa son arme. Une aura étrange en émanait. Puis elle serra fortement la lame contre son corps et son cœur, avant de tomber à nouveau à genoux. Sa vision se flouta. Elle plongea dans les ténèbres et s'évanouit.

 

Quand elle rouvrit les yeux, la silhouette de la princesse la regardait. Elle cligna des yeux. Elle avait disparue à nouveau. Kokumei se releva. Tout cela était finis. Sa princesse était morte. Elle n'avait plus de but dans la vie désormais. Les survivants du clan l'avait retrouvé seule au milieu de la cours. Elle était la seule survivante de la résidence. Kokumei observa par la fenêtre de la pièce où elle se situait. Une pièce nouvelle, puisque la résidence avait été abandonnée. Rien n'était plus pareil. Alors, la garde du corps se releva, assise à terre. Un grand bandage recouvrait sa blessure et sa poitrine. Elle laissa glisser ses doigts sur le tissu.

 

Cette blessure là était guérie. Mais désormais, elle avait une blessure indélébile.

 

Fin

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